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CHAPITRE 18 : Le masque tombe

 

Le vent soufflait fort dehors. Harry restait allongé sur son lit, les bras derrière la tête à regarder le plafond sans vraiment l’apercevoir. Il devait être très tôt, car il ne percevait aucun bruit autour de lui. Même les ronflements intempestifs de Ron avaient cessé. Harry su que son meilleur ami se posait lui aussi des questions, et profitait de ce moment de calme pour réfléchir. Les pensées de Harry allaient de Voldemort, à ses parents, à Cédric, puis il revoyait Sirius tomber derrière le voile et Ron s’écrouler dans le bureau de Slughorn. Plus les images s’accéléraient, plus ses yeux le brûlaient. Le visage de Ron disparut et Harry revit la chute de Dumbledore, précédée de cet jet de lumière verte éblouissant. Il revit Hermione pousser un gémissement avant de s’effondrer dans une des salle du ministère. Puis il repensa à la fois où il avait couru vers Ginny, couchée par terre, froide comme de la pierre. Près d’elle demeurait un journal. La vision de celle qu’il aimait mourante fut de trop pour Harry qui se laissa enfin aller et ne retint plus ses larmes. Il devait se montrer fort pour les autres, alors qu’au fond de lui, il était détruit. La seule chose à laquelle il pouvait s’accrocher, s’était sur le souvenir des jours inoubliables qu’il avait passés avec ses amis et les gens qu’il aimait. En outre, il se rappelait parfaitement la fois où les Weasley étaient venus le chercher chez son oncle et sa tante et que Dudley avait avalé « par hasard » un des bonbons empoisonnés de Fred et Georges. Ou encore, il se revoyait enlacer Ginny après le match, que les Gryffondors avait remporté, et l’embrasser devant tout le monde pour la première fois. C’était ces petites choses qui faisait que Harry ne craquait pas à chaque instant. Puis il sortit de son songe car il avait la sensation d’être observé.

Effectivement Ron le regardait, allongé sur le côté et aucun sourire ne figurait sur ses lèvres. Harry tourna la tête vers son ami et ils restèrent ainsi à s’observer. Ron remarqua les joues humides de Harry et ses traits se durcirent. Il plongea son regard d’un bleu intense dans les yeux encore mouillés de Harry, puis secoua la tête. L’information passa tout de suite.  Le regard que lui avait lancé Ron était extrêmement clair au yeux du jeune sorcier. Il venait de lui assurer qu’il resterait toujours avec lui, jusqu’à la fin, quoi qu’il advienne.

 

A quelques lieues d’ici, une jeune femme aux cheveux roses faisait les cents pas autour d’un lit. Un homme, à quelques mètres d’elle, était en train de trier des affaires.

Au bout d’un moment la femme arrêta sa ronde et se tourna vers l’homme en question :

- Je n’en peux plus ! Il faut que tu me parles ! Sinon  je vais exploser !

 La jeune métamorphomage fit virer au rouge sang ses cheveux, jusque là rose pétant.

Le sorcier lui, ne détournait pas ses yeux de ses papiers, et c’est d’une voix agacée qu’il prit la parole :

- Nymphadora, je t’ai déjà dit que je n’avais pas envie de parler et que je devais réfléchir. Pour cela j’ai besoin de calme.

- Oui bien sûr, c’est vrai que tu n’en a pas eu assez depuis que nous sommes partis ! Cela fait juste plus de quatre heures que tu es plongé dans tes papiers et que tu ne m’as pas adressé la parole! J’ai quand même essayé de faire la conversation, mas rien, pas un mot ! Tu ne réponds à aucune de mes questions ! Mais parle enfin !

- Si je ne t’ai rien dit, c’est que je n’en ai pas trouvé l’utilité, lui répondit-il en se tournant enfin vers son interlocutrice.

Celle-ci le regardait fixement,  les pieds bien ancrés dans le sol avec les mains sur les hanches. Quand elle vit le regard triste de son ami, qui se tenait devant elle, sa colère s’atténua.

- Remus, je vois bien qu’il y a quelque chose et il faut que tu me le dises ! Je ne veux pas te laisser dans ton coin à trifouiller tes papiers ! Allez dis-moi.

Elle le prit par le col et le força à la regarder dans les yeux. Il avait l’air fatigué, mais à la fois possédé par une telle force. Il évita son regard avant de répondre :

- Non Nymphadora, je n’ai pas le…

Mais elle fut plus rapide. Elle s’approcha dangereusement de son visage et l’embrassa fougueusement. Le lycanthrope en fut déboussolé. Le jeune femme se décolla de lui et replongea son regard déterminé dans celui de son compagnon :

- Allez ! dis moi tout !

Le sorcier se dégagea et se laissa tomber sur le lit. Il passa une main tremblante dans ses cheveux couleur de blé, parsemés de quelques mèches trop vite blanchies. Il soupira profondément avant d’avouer :

- Je me fais du soucis pour les jeunes. Ce n’est pas juste.

- Oui, je pense exactement pareil. Mais développe…

- Je pense à Harry. Il n’a pas eu la vie facile. Moi, à son âge, mon seul problème s’était mon secret. Je vivais la vie à fond avec mes amis alors que lui et les siens vont partir risquer les leur pour sauver les nôtres. Je jure que je ne reviendrai pas si l’un d’eux manque à l’appel. Ils sont trop jeunes pour disparaître ! Je ferai tout pour les protéger.

- Oui, nous ferons tout. Nous les protégerons au cas où…

- En parlant de ça, tu ne viens pas.

Tonks, qui avait été coupé dans son élan, resta là, incrédule, la bouche grande ouverte à le regarder se triturer les mains. Elle bafouilla enfin :

- Que.. que, quoi ?!

- Oui, j’y ai bien réfléchi depuis et je trouve que tu ne devrais pas partir demain avec nous. Je pourrai très bien me débrouiller tout…

- Quoi ? Et tu me dis ça maintenant ? « J’y ai bien réfléchi » ! Je te signale que j’ai mon mot à dire et que tu n’es pas mon père aux derniers nouvelles !

- J’en ai presque l’âge pourtant. Mais là n’est pas le problème ! Ce serait plus raisonnable que tu restes ici pour surveiller Ginny et la famille Weasley. Moi, de mon côté je protégerai les autres. On ne peut pas leur interdire de partir. Ils ont pris leur décision depuis longtemps mais toi…

- Moi aussi! Mais tu vas dire que je suis trop jeune, c’est ça ? C’est trop dangereux ? Je ne serais pas capable ?

- Non, ce n’est pas ce que j’ai voulu dire, tu n’as pas compris, essaya vainement de lui expliquer le sorcier.

- Non bien sûr que je ne comprends pas ! Tu crois vraiment que je vais faire ce que tu me dis ! Te laisser partir une nouvelle fois, pour une mission dangereuse sans moi ? ! Je te croyais plus intelligent ! Tu n’as pas trouvé d’autre excuse que le danger pour me mettre sur la touche !

- Mais Nymphadora…

- Ne m’appelle pas Nymphadora, je n’aime pas ça ! cria Tonks qui avait perdu son sang froid.

- Mais là c’est différent ! Ce n’est pas une mission d’aurore quelconque ! Là, nous devrons donner notre vie pour essayer de sauver ne serait-ce  qu’une des leur! Tenta de lui faire comprendre Remus en faisant à présent les cents pas dans la pièce.

Elle l’attrapa par le bras et le força à la regarder :

- Mais tu sais pertinemment que je n’hésiterais pas, alors dis moi ce qui te motive vraiment, pour m’empêcher de venir avec toi ! Allez avoue ! hurla-t-elle soudainement.

En voyant la force que mettait la sorcière à le faire avouer la chose qu’il voulait par dessus tout cacher, Remus laissa tomber son masque de droiture et attrapa fermement son amie par les bras :

- Je ne peux pas ! Je ne peux pas te le dire, tu comprends ! C’est trop dur, ça fait mal ! lui avoua-t-il enfin en la regardant dans le yeux.

Sa voix avait changée. Elle était comme sortie directement de son cœur fortifié depuis tant d’années. Ces quelques mots avaient échappé à la surveillance de son cerveau. La jeune femme ne disait rien et le regardait avec de grands yeux, comme si elle venait enfin de comprendre la véritable raison de son refus.

Quand il eut fini sa phrase, il ne la relâcha pas pour autant. Il resta ainsi, la soulevant presque. Il la regardait à présent intensément, puis tout à coup, une larme naquit au bord de son œil. Tonks la vit et la lui essuya tendrement du bout des doigts. Voyant qu’il était vulnérable, il la relâcha subitement, essayant d’un revers de main la larme qui n’existait déjà plus, puis se dirigea vers la porte d’entrée. Mais Nymphadora attrapa sa baguette et verrouilla la porte. Le lycanthrope resta quelques instant à essayer de tourner la poignée en vain avant de se rendre compte qu’il avait été piégé. Il laissa sa tristesse se mêler à la colère qu’il ressentait pour lui même, et se mit à taper sur la porte à coup de poing. Plus ses mains lui faisait mal, plus la détresse qu’il ressentait était forte. Sans se retourner, il s’adressa à Nymphadora qui n’avait pas bougé :

- S’il te plaît, ouvre ! Je t’en prie.

Sa voix était brisée par l’émotion. Il s’en voulait de l’avoir serrée comme ça, si brutalement pour lui, qu’il avait envie de se punir. Tonks, de son côté, ne l’avait jamais entendu parler comme ça.

Nymphéadora en réprimant ses propres sanglots lui répondit :

- Non Remus, il faut que tu me dises tout. Je suis désolée, je ne te laisserai pas partir.

Il émit un rugissement désespéré, comme si d’avouer ses sentiments allait le tuer. Puis il se laissa glisser par terre, la tête entre les mains en pleurant en silence, comme si ses forces l’abandonnaient.

Le voir ainsi s’écrouler, lui qui était toujours souriant, fort, bouleversa la métamorphomage qui courut près de lui et se mit à sa hauteur.

Sentant une présence à ses côtés, Remus laissa filtrer entre ses pleurs :

- Je ne peux pas le dire. A chaque fois que j’ai dit à quelqu’un ce que je ressentais, cette personne est partie à jamais loin de moi. J’ai perdu tous les gens auquels je tenais, et je n’ai pas envie que tu fasses partie de la liste ! Je ne peux pas dire les mots que tu veux entendre, je ne peux pas ! Pardon...

Il enfonça un peu plus son visage meurtrie dans ses mains. Nymphadora ne retenait plus les larmes qui coulaient le long de ses joues. Elle se sentait si coupable. Coupable de mettre dans cet état l’homme qu’elle avait aimé dès leur première rencontre. Elle se décida enfin à agir pour essayer de se faire pardonner. Elle lui prit une des mains et la serra contre la sienne. De l’autre, elle lui caressa le visage ruisselant de larmes brûlantes. En réprimant une sanglot elle déclara :

- Je suis tellement désolée, Remus, je ne voulais pas te voir ainsi, par ma faute ! Je…

Il releva la tête doucement, ce qui la coupa dans son élan de vérité.

Il avait les yeux rouges, le teint pâle et semblait désespéré. Il plongea son regard perdu dans les yeux violets de la jeune femme :

- J’ai peur. J’ai peur de ne plus te revoir, peur de ne plus pouvoir te toucher, de ne plus voir ses yeux magnifiques se perdre dans mes yeux perdus. J’angoisse à l’idée de ne plus entendre cette voix si belle qu’est la tienne. Je m’en voudrais tellement s’il t’arrivait quelque chose. Je crois que je ne m’en remettrais pas.

- Remus, je ne veux pas que tu me dises ça si tu n’en a pas envie, si ça te fait mal. Mais moi aussi je ne pourrais plus jamais être la même si tu n’es pas à mes côtés. Je vais faire ce que tu veux, car je veux te prouver que je tiens à toi plus que quiconque et que si c’est le seul moyen de me faire pardonner, je le ferai. Je suis trop curieuse et je sentais que tu cachais quelque chose. Maintenant, je te laisserai faire ce que tu veux, et ce que tu veux c’est que je reste. Alors je vais…

Mais Remus, la fit taire un lui posant l’index sur la bouche. Après cela il lui dégagea une mèche devant les yeux avant de lui répondre :

- Je me suis trompé. J’ai voulu me dire que c’était la meilleur chose mais au fond je sais que non. Je serais malade si tu restais et je crois que j’en mourais si tu ne venais pas. Je mourrai tout court si tu m’étais enlevée. Je me le suis caché trop longtemps et je sais que ça t’a fait mal. Mais qu’est ce que tu veux, je suis comme ça ! Tout ce que je sais c’est que personne ne ressent ce que je ressens pour toi.

- Remus, tu n’es pas…

- Si ! Si je vais le faire.  Nymphadora, tu es la personne la plus chère dans mon cœur, et je veux être avec toi jusqu’à la fin.

Il s’approcha de la jeune femme, prit son visage entre ses mains avant de lui déposer un tendre baiser sur les lèvres. Elle se sentait ailleurs. Jamais il n’avait pris l’initiative de l’embrasser. Il s’était toujours montré discret avec ses sentiments. Il lui prenait la main quand il avait envie de lui montrer ce qu'il ressentait. Les autres fois, c‘était elle qui faisait le premier pas mais il se laissait toujours faire, tout en rougissant de honte et de bonheur à la fois. Jamais elle n’avait été embrassée comme ça. La passion qu’il y mettait la faisait frissonner. Elle ne se rendit pas compte qu’il avait arrêter, tellement elle était sur un petit nuage. Il approcha son visage de l’oreille de sa bien aimée, avant de lui chuchoter les mots, ses mots dont elle rêvait :

- Je voulais te dire, que je tiens énormément à toi. Je t’aime, Nymphadora.

En entendant ses mots si attendu elle se mit à rire, rire de bonheur. Remus s’empourpra en croyant qu’elle se moquait de lui. Elle lui prit à son tour le visage dans les mains et en jouant la comédie, elle fronça les sourcils comme l’aurait fait une furie et d’une voix glaciale elle lui répliqua :

- Remus John Lupin ! Je t’interdis à ce jour de m’appeler Tonks ! C’est compris !

- Mais je ne l’ai pas fait et puis je croyais que tu n’aimais pas quand on appelait par ton prénom ? !

- Je n’aime pas « qu’on » m’appelle par mon prénom mais maintenant, ce sera un plaisir quand il sortira de ta bouche. Je sais que ça t’a demandé beaucoup de choses de m’avouer tes sentiments alors pour ne pas te mettre à chaque fois dans cet état quand j’aurais envie de t’entendre les redire, il te suffira de m’appelle par ce prénom. Tu es d‘accord ?

- Bien sûr que oui…Nymphadora. À toi de me promettre que tu ne me protégeras pas si je me fais attaquer. Je veux en être sûr !

- Je ne peux pas te le promettre ,mon amour, mais je veux bien  essayer. Je t’aime tant Remus.

 

Il la prit dans ses bras, la serrant contre son corps fatigué comme pour s’imprégner d’elle. Elle faisait de même, en inspirant profondément à chaque respiration pour retenir son parfum qui la faisait chavirer. Il restèrent ainsi, à genoux par terre, bras dessus, bras dessous, serrer l’un contre l’autre pour profitant des derniers instants d’intimité qu’ils leur restaient.

 

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